SaaS, PaaS, ASP ou Legacy ?

Je reçois régulièrement via ce blog ou par Viadeo des demandes de personnes qui souhaitent s'équiper d'une plateforme éditoriale, mais qui ne savent pas quelle formule choisir.
Je vous propose de faire un point sur les différents modes de commercialisation qui existent dans ce domaine.

Avant-propos
Une plateforme éditoriale est généralement constituée de plusieurs composants ; pour résumer, on distingue :
  1. le moteur de composition : il s'agit de la technologie qui permet de créer automatiquement des pages Indesign ou Quark Xpress en combinant des mises en pages et des contenus textes + images issus de l'interface de gestion de contenu ; à ce niveau, il n'existe pas 50 technologies sur le marché. Principalement, on trouve Adobe Indesign Server et Quark Xpress Server, et quelques autres principes basés soient sur des technologies propriétaires (par exemple PageFlex), soit sur de la composition en Flash/Flex ou via des modifications de PDF ; certains éditeurs conçoivent même des plugins (logiciels additionnels) pour Indesign ou Quark Xpress afin de mieux interagir avec ces technologies ;
  2. l'interface de gestion de contenu : il s'agit de la “couche” logicielle qui va assurer l'interface entre les utilisateurs et les moteurs de composition ; par exemple, dans une solution web-to-print, l'interface de gestion de contenu va consister en un service web destinée à permettre aux utilisateurs de saisir des contenus texte et images depuis leur navigateur web directement dans leurs documents print. A chaque instant, ce service web va dialoguer avec le moteur de composition pour "injecter" les données saisies depuis l'interface web dans les mises en page print. Cette interface constitue la partie visible de l'iceberg en quelque sorte…
  3. des modules optionnels : en fonction des besoins et des environnements dans lesquels ces plateformes vont être déployés, des technologies tierces peuvent se greffer au noyau central constitué de l'interface de gestion de contenu et du moteur de composition :
  • un moteur de rendu PDF dédié (tel que Adobe PDF Print Engine ou Jaws PDF Server),
  • un automate pour générer des workflows automatisés (par exemple, Enfocus PowerSwitch),
  • un serveur de gestion des typos (tel que Extensis Universal Type Server)
  • ou encore, des serveurs de gestion de médiathèque (D.A.M. pour Digital Asset Management) – de contenus (E.C.M. pour Entreprise Content Management) ou de base produits (P.I.M. pour Product Information Management).

Il faut bien sûr rajouter à cet ensemble tous les aspects d'hébergement, de maintenance, de sauvegarde… qui sont souvent très onéreux, compte-tenu de la sophistication de ces ensembles. Vous l'aurez donc compris, une plateforme éditoriale, ce n'est pas si simple : il s'agit d'un éco-système subtil qui combine des technologies très sophistiquées.

1. Le 100% dédié, ou “Legacy” Insourcé*[voir note de bas de page]
Si vous êtes une entreprise qui souhaite s'équiper d'un nouvel outil logiciel, la démarche la plus “logique” consiste à contacter un éditeur de logiciels pour acheter une plateforme éditoriale.
Vous faites l'acquisition de tous les composants (moteur de composition, interface de gestion de contenu, gestionnaire de médiathèques…), vous les stockez sur vos propres serveurs, et vous les hébergez sur votre propre infrastructure IT, ou chez le prestataire de votre choix.

Dans ce scénario, la plateforme éditoriale est votre entière propriété ; elle fait partie du patrimoine de votre entreprise (d'où le terme de legacy” insourcé) au même titre que votre ERP ou que vos serveurs.

L'offre legacy” insourcée convient généralement très bien aux grandes entreprises, qui gèrent de gros volumes de documents, ou qui ont des besoins très spécifiques compte-tenu de leur environnement de travail.

2. L’ASP (Application Service Provider)
L'offre ASP diffère de l'offre legacy” insourcée sur deux points :
  • les services (moteur de composition, interface de gestion de contenu) sont hébergés chez un prestataire dédié, à l'extérieur de l'infrastructure de votre entreprise,
  • vous n'achetez pas les licences des logiciels : vous “louez” l'usage de ce service dédié via le paiement mensuel d'un montant qui englobe le coût des licences logicielles, l'hébergement, l'assistance, les mises à jour… Quand je dis “louer”, on est plus dans la logique du leasing automobile que de la véritable location. Suivant les éditeurs ou les offres de financement, on peut aller de la location sèche aux formules de paiements échelonnés sur plusieurs mois.
Que l'on soit bien d'accord : dans l'offre ASP, chaque composant vous est dédié ; les moteurs de composition par exemple ne servent qu'à vous, ils ne sont pas partagés avec aucun autre client, et le ou les serveurs physiques vous sont intégralement réservés.

L'ASP est généralement choisi par des entreprises qui cherchent un bon compromis : disposer d'une solution dédiée, souvent personnalisée en fonction de leurs besoins, mais hébergée à l'extérieur de leur infrastructure, et payée de manière échelonnée sur plusieurs années, via un forfait "tout compris". L'ASP allie le bénéfice des solutions dédiées avec la souplesse d'un hébergement hors de l'infrastructure IT de l'entreprise.

3. Le SaaS et le PaaS
Le SaaS signifie “Software as a Service”, et le PaaS : “Platform as a Service”.

Quelle est la différence avec les 2 modes de consommation précédents ?
Tout d'abord le “…aaS” repose sur le principe de la mutualisation. Les différentes “briques” qui composent la plateforme éditoriale ne vous sont plus dédiées, mais partagées entre plusieurs clients. Cela est vrai autant pour les briques logicielles que pour les serveurs physiques. Cette logique porte le nom anglais de “multitenant”.

Autre différence entre les offres legacy” insourcée ou ASP et les offres …aaS : le mode de consommation :
  • dans les offres traditionnelles, type legacy” insourcée ou ASP, un grand nombre de frais fixes sont à votre charge (achat des serveurs, hébergement, coût des licences) et ce, quel que soit votre niveau de consommation ; vous allez amortir ces frais fixes et incompressibles au fur et à mesure de l'usage de votre plateforme ;
  • dans les offres SaaS ou PaaS, vous payez en fonction de vos besoins ; c'est une sorte de formule à la carte, qui repose sur le principe du “je consomme, je paye ; je ne consomme pas, je ne paye pas”. Vous disposez aussi toujours des dernières versions du logiciel, sans avoir à payer de supplément pour sa mise à jour.
Maintenant, quelle est la différence entre les offres SaaS et les offres PaaS ?
C'est très simple :
  • dans une offre “SaaS”, vous accédez par le web à un service que vous allez utiliser tel quel, en payant un montant proportionnel à l'usage que vous en ferez ; vous n'avez pas la possibilité de personnaliser ce service, vous l'utilisez en l'état, et en général, vous ne disposez pas de passerelles vers votre propre infrastructure informatique ;
  • dans une offre “PaaS”, c'est un petit peu différent : vous accédez à la technologie, que vous avez le droit de personnaliser, moyennant un coût supérieur. Vous pouvez ainsi soit personnaliser l'interface, soit ajouter ou retirer certains services, soit créer des passerelles vers vos propres logiciels, pour coupler par exemple votre plateforme éditoriale à votre médiathèque interne.

Pour résumer :
  • Le legacy” insourcé : vous achetez, vous payez, vous hébergez ; Exemple : c'est un peu comme si une entreprise achetait 20 voitures pour ses collaborateurs, en prenant à sa charge l'entretien, l'amortissement et le renouvellement.
  • L'ASP : vous louez sur plusieurs années une plateforme qui vous est dédiée, qui a été personnalisée suivant vos besoins et qui est hébergée à l'extérieur de votre infrastructure ; dans ce cas, c'est comme si l'entreprise faisait appel à un prestataire de gestion de flotte de véhicule. Exemple : L'entreprise choisit les modèles de véhicules, puis paye un montant mensuel qui intègre le coût des véhicules, les assurances, l'entretien… Mais ces véhicules sont réservés à son usage.
  • Le SaaS : vous accédez à un service web que vous allez utiliser en l'état, sans possibilité de personnalisation, mais en ne payant que ce dont vous avez besoin. Par contre, toute l'infrastructure est mutualisée entre plusieurs clients ; Exemple : dans ce cas, l'entreprise envoie ses collaborateurs, lorsqu'ils ont besoin d'un véhicule, chez le loueur le plus proche, qui leur loue la voiture dont ils ont besoin. L'entreprise ne peut choisir ni le modèle, ni sa couleur, mais par contre, elle ne paie qu'en fonction du kilométrage parcouru.

Le PaaS quant à lui est un compromis entre le SaaS et l'ASP, puisque vous bénéficiez de tous les avantages du SaaS, avec en plus la possibilité de personnaliser la technologie, ce qui rapproche alors l'offre PaaS de l'ASP.
Si on termine sur notre parallèle avec la gestion de la flotte de véhicules, c'est un petit peu comme si l'entreprise passait un accord avec le loueur de voitures le plus proche pour qu'il lui mette à disposition un "crédit temps" mensuel, l'entreprise pouvant ensuite utiliser ce crédit temps en modulant ses besoins : par exemple, la premier mois, louer des berlines, puis le mois suivant, louer des utilitaires. Les véhicules sont toujours "mutualisés", mais leur utilisation et leur location sont personnalisées en fonction des besoin du client.


4. Alors, je choisis quoi, moi ?
Maintenant que je vous ai exposé les différents modes de distribution des plateformes éditoriales, vous allez vouloir savoir quelle option vous devez choisir…

C'est là qu'un diagnostic sérieux et approfondi de votre problématique doit être réalisé.
En effet, il n'existe pas une offre meilleure qu'une autre. Chaque offre est adaptée à un type de besoin. Il faut donc réaliser, ou faire réaliser, un diagnostic complet de vos besoins, de vos méthodes de travail, et un état des lieux de votre infrastructure informatique, afin de déterminer un cahier des charges précis, qui vous permettra naturellement de vous tourner vers une offre plutôt qu'une autre.

La meilleure solution dans ce cas consiste à faire appel à un consultant spécialisé, qui vous aider dans la rédaction du cahier des charges.

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*Pan sur le bec !

Un lecteur attentif – big up pour Olivier – m'a fait remarqué à juste titre que j'utilisais le terme “Legacy” à mauvais escient. Le terme “Legacy” désigne un vieux logiciel, hérité des périodes précédentes, par exemple “un logiciel de contrôle de gestion sur AS/400 en Cobol”.
Le terme approprié à la description que j'ai fait serait “insourcé”.
Toutes mes excuses pour cette méprise.
Plus d'infos à ce sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Legacy
Et n'hésitez pas, tous les commentaires sont les bienvenus !

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