Mobile-first design et amélioration progressive : le rôle de Monsieur Plus

Pendant longtemps, le web était synonyme d'ordinateur. En conséquence, toutes les interfaces étaient imaginées en fonction des contraintes des machines desktop et des différents navigateurs qui les équipaient.
Puis du desktop, on est passé au smartphone et aux tablettes : il a fallu adapter l'expérience à ces nouveaux terminaux, beaucoup plus contraignants par nature. Les chefs de projet et les développeurs ont donc commencé à retirer des fonctionnalités ou à dégrader certains composants pour préserver le site maître tout en autorisant une navigation depuis un mobile.
En anglais, cette école se nomme le "graceful degradation" : on part du contexte le plus favorable (le desktop dernière génération), on crée l'expérience utilisateur ultime, puis on la dégrade pour qu'elle fonctionne plus ou moins bien sur des machines moins performantes ou plus contraignantes. Cette méthode de design présente l'avantage de concevoir des expériences utilisateurs extrêmement performances et au top des tendances, à un instant t. Mais elle peut être risquée sur le long terme en raison de choix technologiques qui peuvent s'avérer hasardeux car peu pérennes. 

La révolution mobile aujourd'hui, headless eCommerce demain

Aujourd'hui, la plus grande partie des achats eCommerce se fait depuis un smartphone. Ce n'était pas le cas il y a deux ou trois ans en arrière. Suivant le schéma "graceful degradation", cela signifie qu'un site créé en 2013 pour le desktop (le média mainstream de l'époque) n'est plus optimisé nativement pour le canal que ses clients privilégieront 2 ans plus tard. Gênant...

C'est là qu'une autre philosophie entre en jeu : l'amélioration progressive, ou "progressive enhancement". Elle consiste à démarrer de l'environnement le plus contraignant et à imaginer une expérience utilisateur qui fonctionne à 100% dans ce contexte. Puis ensuite, cette expérience est enrichie par petites touches pour tirer parti du potentiel des terminaux plus performants. Concrètement, cela consiste aujourd'hui à construire un site en commençant par la version mobile. 
En eCommerce, ce choix est loin d'être anodin : en effet, sur smartphone, les étapes du parcours client doivent être réduites. Les interactions doivent être pensées pour du tactile, les graphismes optimisés pour éviter des temps de chargement trop longs. Mais le "mobile-first" design a bien des vertus : il privilégie la simplicité, l'ergonomie et la rapidité, des vertus universelles dans les interfaces.
Ces choix ne se limitent pas aux wireframes : ils impactent forcément les choix technologiques, les langages de programmation... combien de concepteurs de sites web se sont rendus compte trop tardivement que telle ou telle techno au cœur du réacteur était incompatible avec telle catégorie de smartphone.

 
Source : Medialoot

La contrainte et la beauté de l'universalité

Je suis convaincu que la creativité nait de la contrainte. En s'imposant un cadre strict et limité, on s'oblige à être inventif et malin. On créé des jolies choses qui de surcroît seront universelles et donc, pérennes. C'est ce que j'apprécie dans le modèle "mobile-first", c'est qu'il pose un dogme auquel on va devoir s'adapter, tout en sachant que ce cadre nous portera
dans le temps.

Le rôle de Monsieur Plus

Si vous êtes en phase de conception de votre futur site web, et à fortiori de votre plateforme eCommerce, je vous conseille fortement de basculer dans une logique Mobile-first et donc progressive enhacement . Vous vous éviterez des déboires ou des déceptions commerciales dans les années à venir, et vous batirez pour durer.
Mais cela implique de changer les rôles et les façons de piloter le projet. Les user stories et les exigences fonctionnelles doivent passer au tamis du mobile, et le chef de projet doit se muer en Monsieur Plus, comme dans la pub. Il doit se concentrer sur le dénominateur commun : l'interface mobile. Puis il doit prévoir des améliorations pour enrichir l'expérience utilisateur sur des terminaux desktop.
Il devra aussi veiller à rester au top des connaissances pour que la version mobile de son site progresse et s'enrichisse petit à petit, pour le plus grand bonheur des utilisateurs.

Bref, la contrainte rajoute du fun et obligé à être inventif. Alors changez votre état d'esprit, pensez mobile-first... et SEO-first, mais c'est encore un autre débat :-)

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