Accéder au contenu principal

La Pax Romana, façon Adobe.

Il y a plusieurs mois de cela, je m'interrogeais sur le silence d'Adobe face aux innovations de ses concurrents, notamment Quark.
A l'heure de l'iPad, du web-to-print, de l'automarketing et du multicanal, j'avais pris ce silence pour de l'inaction ou du désintérêt. Grave erreur !! “Toujours te méfier de l'eau qui dort tu dois” me répétais encore hier mon maître à penser.

Fin octobre, Adobe a révélé le projet ROME. Et d'une certaine manière, Adobe a mis tout le monde d'accord, façon gros biscotos, en dévoilant ce qui m'apparaît comme le couteau suisse ultime pour créer des contenus sur le web.

Voici le tableau tel qu'il se présentait jusqu'à aujourd'hui :

  • d'un côté, les pros du design et des arts graphiques, tous secteurs confondus (print, vidéo, web). Pros qui utilisaient des solutions dédiées plutôt coûteuses, installées sur des ordinateurs surpuissants : Creative Suite, logiciels tels que Final Cut…
  • de l'autre, les débutants, plus ou moins confirmés, qui se débrouillaient avec une grande variété d'outils hétérogènes, chacun ciblé sur un canal : solution type Quark Promote pour créer des supports print, services d'imprimerie en ligne ou de retouche photo (genre PhotoShop Express), outils de création de site web, solutions pour créer des bannières ou des newsletters… Bref, un amas de services hétérogènes de qualité variable, sans réelle unité.
Avec son projet ROME, Adobe est en train de chambouler et de structurer tout cet écosystème.
Au travers d'une magnifique application web, réalisée tout en Flex (RIA), et accessible on et offline, on dispose d'un tableau de bord pour créer tous les supports de communication dont la plupart des entreprises a besoin :
  • supports print : cartes de visite, flyers, brochures
  • animations et bannières,
  • diaporamas,
  • sites web,
Pour chaque catégorie, des modèles personnalisables sont disponibles. ROME vous permet alors de les “customiser” en y ajoutant textes, images, vidéos, animations…
Que l'on soit bien d'accord, l'utilisation de ROME nécessite d'être familiarisé avec quelques concepts qui ne sont pas à la portée de tout le monde, tels qu'une timeline, des calques ou autres éléments de palette qui peuplent les écrans des graphistes. Mais ça reste accessible !
Certes, cela met ROME hors de portée des utilisateurs lambda totalement néophytes. Mais l'écosystème se redessine façon Adobe :
  • pour les power-users (type D.A., créatif, graphiste) : on continue d'acheter (pour l'instant ?) la Créative Suite, que l'on fait tourner sur son gros Mac. Mais vu la qualité et la fluidité des applis réalisées en AIR, on se demande si la prochaine CS ne sera pas également disponible depuis le web, pourquoi pas en mode SaaS ?
  • pour les utilisateurs semi-pros, qui jusque-là bidouillaient avec les moyens du bord, ou qui pirataient des logiciels pros sans véritablement savoir s'en servir, Adobe leur offre une sorte de “Creative Suite Lite” avec Project ROME ; tous les outils pour créer facilement tous les supports dont ils ont besoin, en disposant de tout ce qu'il faut pour laisser leur créativité s'exprimer, sans que l'apprentissage soit trop fastidieux. Et avec des modèles prédéfinis à disposition !
  • et les néophytes alors ? Tous ces débutants qui peuplent les PME et qui sont totalement hermétiques aux notions de PAO ou d'animation ? Pour l'instant, Project ROME ne semble pas leur être destiné. Trop compliqué à mon avis. Mais on peut tout à fait imaginer une version light, ou un API basé sur ROME qui permette d'en extraire les fonctions essentielles, juste ce qu'il faut. Pour prêcher pour ma paroisse, je dirai qu'aujourd'hui, Expresso The Marketing Boutique constitue la version "grand public" de Rome, même si nous ne partageons pas tout à fait les mêmes technos, en particulier en front. Mais nous poursuivons le même but : apporter une palette d'outils et démocratiser des technologies jusque-là réservées aux professionnels les plus pointus.
Quelques questions restent en suspens, et d'ailleurs je ne suis pas sûr qu'Adobe dispose déjà des réponses :
  • ce service va-t'il rester gratuit ? ou va-t'il être proposé sous la forme d'un abonnement mensuel ? Je penche pour la seconde hypothèse, celle d'un service à bas prix loué mensuellement, pour mettre à portée du plus grand nombre des fonctions très avancées.
  • ROME va-t'il être couplé à d'autres services, tels que l'impression ou la diffusion des contenus ? On s'en doute : Adobe propose de créer des supports print, des diaporamas, des bannières et des sites web. Ce serait un comble si elle s'arrêtait là : Quark a affilié des imprimeurs dans son offre Promote. Je suis convaincu qu'Adobe va faire la même chose, en proposant des canaux de sortie pour tous ceux qui vont créer des document sur ROME : de l'imprimerie, de l'hébergement de sites web, du streaming d'animations ou de diaporama, sans oublier toute la maîtrise dont dispose Adobe en matière de RIA avec Adobe Connect ou Acrobat.com…C'est là que ce créera la richesse, car Adobe stockera ainsi les créations de ses utilisateurs, avec tout ce que ça suppose : réseautage, indexation, partage, animation de banques de modèles… Tout ça me donne le sentiment qu'Adobe prépare avec ROME une sorte de “Facebook de la créativité”. Il suffit pour l'imaginer de jeter un coup d'œil aux posts sur les forums Adobe consacrés à Rome.
En tout cas, tout ceci est passionnant : qu'il s'agisse de la ROME d'Adobe, de la Marketing Boutique made-in- Expresso, ou d'autres initiatives, tout cela témoigne d'un mouvement qui tend à bouger le barycentre de la création. Jusque-là centré dans les sphères des professionnels du design, ce barycentre est en train d'être déplacé vers le grand public à qui l'on donne les moyens d'exprimer sa créativité.
Une forme de Res Publica Romana ?


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Importer les données d'un tableau Excel dans Indesign [actualisé]

Une question qui revient souvent sur les ondes concerne l'automatisation de l'import de tableaux Excel dans Indesign. C'est un aspect très utile dans la vie d'un graphiste, et globalement mal appréhendé par la plupart d'entre eux. Il faut reconnaître qu'Excel n'est pas l'outil naturel du graphiste, c'est même plutôt un sujet de détestation et de moquerie.
Or force est de constater qu'Excel est utilisé par un grand nombre de clients pour travailler leurs données produits et leurs grilles de prix.
En d'autres termes, Excel est au marketeurs ce que Photoshop et Indesign sont aux graphistes : leur compagnon quotidien.

Lorsqu'un client vous soumet des données Excel à mettre en forme, deux options s'offrent donc à vous pour monter votre mise en page :
copier / coller les contenus et faire une mise en page “en dur”… méthode la plus courante mais qui comporte de nombreux inconvénients : perte de temps, répétition de tâches fastidieuses, aucu…

RGPD : la gestion des cookies au service du marketing éthique

Depuis l’entrée en vigueur du Règlement Général sur la Protection des Données en mai dernier, la plupart des sites se sont ornés de bannières ou de bandeaux sur la protection de la vie privée. Je dis la plupart, car dans le eCommerce en particulier, pas mal de sites sont à la traine...
Malheureusement, qui dit bannière d’information sur la gestion des cookies ne signifie pas pour autant un respect de la réglementation, et au-delà, du consommateur. Il est important d’informer, mais aussi de permettre de doser finement ce que le client veut accepter ou non. Et que ce dosage soit véritablement suivi des faits.
La difficulté pour les marketeurs, c’est que la gestion des cookies signifie souvent pour eux une baisse d’activité, ou du moins de rentabilité de certains dispositifs de webmarketing. Le choix court-termiste de marketeurs ou de e-Commerçants consiste alors souvent à faire le minimum syndical : informer vaguement sans faciliter le libre-choix du consommateur.
Je pense sincèrement que ce…

Les Deliveroo de l’imprimerie débarquent à Paris

L’imprimerie express, livrée dans la journée, cela fait deux ans maintenant que l’on connaît dans quelques grandes villes de France. C’est un service proposé par les grands noms de l’imprimerie en ligne. 
Ce qui est nouveau, ce sont de jeunes startuppers qui transposent à l’imprimerie et à la reprographie le concept des repas livrés à domicile en vélo, comme Deliveroo. Deux startups françaises proposent ce service : Prynnt et Copees  Leur promesse ? Un service ultra rapide, moins cher que votre imprimante...
Je ne sais pas ce que ça va donner, en tout cas je plains les pauvres livreurs qui vont se trimballer une dizaine de rapports sur le dos... mais c’est intéressant de voir que de nouveaux modèles peuvent encore émerger dans le monde de l’imprimerie.
Amis imprimeurs, sachez vous inspirer de modèles issus d’autres secteurs !