Quel est le stack technologique des imprimeries en ligne en 2025 ?
CMS du marché ou développement maison ? Solutions grand public ou plateformes dédiées au web-to-print ? A l’heure où des imprimeurs – en ligne ou traditionnels – s’interrogent sur quelle technologie et quelle architecture choisir, il est intéressant de comprendre quelles sont les tendances actuelles des principales imprimeries en ligne en matière de technos, qu’il s’agisse de leur système de prise de commande, de leur CRM ou de leur architecture.
Depuis 2019, j’analyse régulièrement les technologies utilisées par les plateformes de web-to-print, pour essayer de distinguer quelles tendances se dégagent, en les recoupant avec mes observations personnelles.
Sans surprise, le monde du eCommerce a bien changé depuis 5 ans : les tableaux de prix figés ont largement cédés la place à des configurateurs paramétriques, qui offrent plus de latitude aux clients pour configurer des produits adaptés à leurs besoins. Les grosses plateformes monolithiques, « tordues » par des développements maison pour arriver à faire du web-to-print, ont largement disparu du paysage. Elles ont été remplacées par des architectures plus rationnelles, dont les choix technologiques semblent varier suivant la typologie et la taille des imprimeries en ligne.
Un marché en quatre strates
Aujourd’hui, je distingue 4 niveaux chez les imprimeurs en ligne, avec pour chacun d’entre eux, des choix technologiques qui ressortent assez nettement :
- Petits poucets : avec un chiffre d’affaires inférieur à 1 millions d’euros, et souvent un positionnement très spécialisé, notamment en print-on-demand, ce segment rassemble une grande variété de boutiques, parmi lesquelles on va trouver quelques sites datés (basés sur de vieux Magento, Drupal ou Prestashop largement customisés), mais surtout de plus en plus de sites Shopify ou WooCommerce avec des modules de personnalisation, tels que Zakeke, DesignO ou Pitchprint. A noter également une proportion non négligeable de sites basés sur des extensions web-to-print d’ERP d’imprimeries, mais dont la rigidité empêche parfois de répondre aux enjeux du marché.
- Piranhas (1 à 5 millions €) : sur ce segment, on trouve des structures à la mentalité de startup. Soit parce qu’elles sont basées sur une imprimerie dont la stratégie a été réorientée vers le web-to-print, soit parce qu’elles innovent en proposant une approche et un marketing innovant. Les choix technologiques sur ce segment sont basés soit sur des technologies type MIS + WebToPrint storefront, de type Infigo, Unik, Pressero ou OnPrintShop, soit sur des développements custom, pour les structures les plus « geek ».
- Middle Market (5 à 20 millions €) : ce segment regroupe des leaders nationaux dans chaque pays, souvent installés depuis plus d’une décennie, et qui disposent de réelles capacités informatiques, avec une DSI et des équipes de développement. Il s’agit soit de plateformes généralistes, avec un modèle de production hybride combinant production insourcée et outsourcée, soit de plateformes spécialisées sur un marché donné. Même si on trouve un certain nombre de plateformes motorisées par des technologies spécialisées en web-to-print, j’observe que de plus en plus de structures de ce segment font le choix de développements maison basés par exemple sur les frameworks Symfony ou Sylius, associés à des services de personnalisation ou d’upload de fichiers en API. Un choix qui n’est pas toujours évident à assumer, tant la charge de travail de conception et de maintenance peut se révéler lourde pour des structures de cette taille, sans oublier le coût et le délai de go-to-market.
- Majors (> 20 m. €) : chez les grands leaders trans-européens, dont le CA varie entre 20 et plusieurs centaines de millions d’euros, les choix technologiques sont d’une autre dimension, notamment en raison de la quantité de références et de déclinaisons que les sites web doivent être capables de gérer. Les catalogues ne cessent de grossir, ainsi que les options de personnalisation, ce qui entraîne une croissance exponentielle du nombre de références possibles. On retrouve dans ce segment les grandes plateformes leaders en eCommerce comme Adobe Commerce Cloud, CommerceCloud ou Sitecore, mais aussi beaucoup de d’architecture « maison », combinant des développements custom et certaines briques du commerce, notamment en CMS.
La prédominance du modèle MACH
A l’instar de ce que l’on observe de manière globale dans le eCommerce, les architectures des plateformes de web-to-print évoluent progressivement vers une logique MACH :
- Micro Services
- API-first
- Cloud-native SaaS
- Headless
A quelques rares exceptions près, les sites web monolithiques basés sur des Magento, Prestashop ou Drupal customisés pour le print ont disparu. De plus en plus de structures revoient leurs architectures pour ”éclater” les différents composants de leur tunnel d’achat et de production en micro-services, en appelant les API de services internes ou externes selon les besoins, notamment pour l’interfaçage avec les ERP-MIS ou les services de logistiques. Et en s’ouvrant également à des plateformes tierces (d’autres imprimeries en ligne par exemple) via leurs propres API, dans une logique de CooPétition. Les expériences front-office et back-office deviennent totalement découplées, pour mieux répondre aux enjeux de chaque typologie d’utilisateurs, en particulier en B2B.
Des différences géographiques
Ces observations sont toutefois à relativiser suivant la région prise en compte : de manière générale, elles s’appliquent bien aux imprimeries en ligne du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, ainsi que la Pologne.
En zone DACH, j’observe une prédominance de solutions locales, parfois couplées aux MIS ou bien des développements de plateformes propres à chaque imprimerie.
En Europe du Sud, on retrouve plus de solutions basées sur des plateformes eCommerce du marché, avec une proportion non négligeable de sites utilisant Prestashop, Magento ou WooCommerce, et moins de développements custom, à l’exception de très gros acteurs.
Un écosystème qui s’enrichit : PIM, DAM, Marketing automation, CRM, Helpdesk…
L’une des évolutions les plus frappantes au cours des 5 dernières années ne concerne pas les plateformes de web-to-print en elles-même, mais plutôt tout ce qui s’est développé autour. En effet, face au boom du eCommerce, à l’intensification de la concurrence et à la sophistication de la demande en B2C comme en B2B, les opérateurs de web-to-print ont musclé leur dispositif : les éco-systèmes se sont enrichis d’une multitude de solutions, souvent SaaS, pour répondre à des enjeux spécifiques. On trouve en particulier :
PIM et DAM : certaines plateformes historiquement orientées sur une logique “SKU-based” ont déployé des PIM dédiés pour gérer leur catalogue produit de manière centralisée. On trouve ici Maps, PimCore, Quable, Stibo Systems ou Akeneo, ainsi que des technologies plus locales. Les PIM sont souvent couplés à des DAM pour gérer toutes les bases iconographiques, en particulier sur les marchés de revendeurs, pour lesquels les déclinaisons photos sont essentielles
CMS : afin d’optimiser leur SEO et leur GEO, beaucoup de plateformes customs couplent leur catalogue produit et leur tunnel d’achat à des solutions CMS pour gérer toute la partie contenus statiques de leur site. On trouve bien évidemment beaucoup de Wordpress, mais il semble qu’ils soient remplacés de plus en plus par des technologies plus musclées type Contentful ou Magnolia
Searchandizing : au fil des ans, les clients ont progressivement délaissés les “big menus” au profit des moteurs de recherche internes pour trouver plus facilement leurs produits, au sein de catalogues qui n’ont cessé de grossir. Mais les solutions de base ont souvent montré leur limites, et de plus en plus de sites de web-to-print intègrent des modules dédiés, soit en SaaS (comme Algolia ou Doofinder), soit en local (type ElasticSearch).
Marketing Automation et CRM : acquérir des clients, c’est bien, les fidéliser et les cultiver, c’est mieux, et pour cela, rien de tel qu’une combinaison CRM et Marketing Automation. C’est également une des tendances majeures observées ces dernières années, avec des solutions totalement interconnectées avec les plateformes web, pour assurer segmentation client, relances et analyse des ventes. Chez les leaders, on va trouver les références du marché, telles que Salesforce, Microsoft Dynamics, HubSpot ou Segment. Dans le mid-market, je note une nette croissance de Zoho CRM et Pipderive, dont les ratio fonctionnalités / prix reste parmi les meilleurs du marché. En matière de marketing automation, beaucoup de plateformes utilisent des plateformes comme Emarsys, Braze ou Segment, avec en France une prédominance de Brevo et Klaviyo sur le mid-market.
Analytics : pendant longtemps, seul Google Analytics comptait … ou suffisait. Mais entre les problèmes de conformité RGPD, et la catastrophe de GA4, on assiste à une migration vers des solutions serveur (comme Matomo) ou vers des systèmes plus avancés qui offrent des capacités d’AB Testing comme Adobe Target ou Optimizely
Helpdesk : si vous êtes imprimeur en ligne, vous savez à quel point le service client est essentiel, qu’il s’agisse de pouvoir renseigner le client en amont, ou de traiter efficacement des problématiques de transport ou de non-conformités. Si beaucoup de plateformes utilisent les modules de Desk de leur CRM, un certain nombre déploie des services SaaS dédiés au HelpDesk, pour créer des workflows multi-canaux de contact client (chat, chatbot, email, whatsapp, Messenger, SMS…). Zendesk reste la référence sur ce secteur, mais il est talonné par des alternatives telles que Zoho Desk, Freshdesk
L’importance de la performance
Un autre aspect qui m’a frappé dans l’évolution de l’éco-système des solutions de web-to-print, c’est la professionnalisation de tout ce qui touche à la performance des sites. Tout e-commerçant le sait, et Amazon l’a même théorisé : un site lent ne vend pas. C’est d’autant plus vrai à l’heure du consommateur-zappeur, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce phénomène concerne autant le B2C que le B2B.
Beaucoup de plateformes web-to-print ont donc musclé leur dispositif en matière d’infrastucture d’hébergement, mais aussi en déployant des technologies de CDN pour accélérer au maximum les temps de chargement. Un grand nombre de sites – mais pas encore la majorité — a également pris le virage des nouveaux formats de médias comme le WebP ou le WebM, beaucoup mieux optimisés que les formats historiques comme le JPEG.
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La principale conclusion que je tire de cette analyse, c’est qu’à nouveau, le choix de l’architecture d’une plateforme de web-to-print doit être guidé par la volonté d’apporter la meilleure expérience possible à ses clients. Le budget et le planning sont bien évidemment essentiels, mais il existe tellement de possibilités et de technologies sur le marché qu’il est aisé de s’y perdre. Sans compter que pour ceux qui externalisent leurs développements, beaucoup d’agences web ou de SSII ne connaissent rien à la complexité du print… Je conseille vivement de partir des besoins du client, des services et de l’expérience que vous voulez apporter, pour dessiner une architecture idéale et en fonction de celle-ci, trouver les solutions technologiques adaptées, soit sur le marché, soit en les concevant vous-même.
Sources : BuiltWith, Perplexity, recherches personnelles