Guerre en Iran : quel impact sur la filière graphique ?

Stupeur : c'est le terme qui me vient à l'esprit pour qualifier la situation au Moyen-Orient. Tout le monde est sidéré par le côté vertigineux de ce conflit qui vient de démarrer, et dont nul ne sait aujourd'hui quelle en sera l'issue, tant il semble se propager à une vitesse folle.

La guerre en Ukraine a montré – malheureusement – à quel point, dans un univers mondialisé, nos économies et nos industries étaient tributaires de la situation géopolitique. Et extrêmement vulnérables…

Même s'il est encore tôt pour envisager toutes les conséquences de ce conflit, il est possible d'ores et déjà d'anticiper ses effets sur notre industrie, qui risquent de survenir à court et moyen terme :

  • hausse des coûts de l'énergie & inflation : le blocage partiel ou total du détroit d'Ormuz et les tensions sur le canal de Suez, ainsi que la psychose ambiante, vont rapidement peser sur les coûts de l'énergie, dont notre industrie a un grand besoin. Nous risquons de revivre les hausses des tarifs des matières premières que l'on a observé en 2022, suite à la guerre en Ukraine, avec un risque de volatilité des prix de vente dans l'imprimerie
  • raréfaction des matières premières et composants : dans un marché globalisé, beaucoup de composants (encres, films…) et de matières premières comme le papier transitent par voie maritime. Le conflit risque de peser durablement sur les canaux provenant d'Asie, avec en effet collatéral, des saturation de voies alternatives et des embouteillages dans certains ports. Ce qui au final, peut générer des ruptures d'approvisionnement ou des retards
  • constitution de réserves stratégiques : sur certaines matières plastiques, il n'est pas à exclure que les autorités demandent la constitution de réserves stratégiques pour pallier à ces risques de ruptures d'approvisionnement, et garantir la continuité de certaines activités critiques. Je pense notamment à certaines matières plastiques, ce qui pourrait là aussi contribuer à des hausses de prix ou des ruptures sur les marchés de l'impression commerciale.
  • diminution de la demande par contraction du marché : alors que le marché de l'imprimerie semble retrouver timidement des couleurs, il est à craindre que ce contexte de conflit et de risque d'inflation amènent nombre d'entreprises à adopter une grande prudence, qui on le sait, conduit souvent à réduire les budgets publicitaires et à reporter certains projets. 
  • risque accru de cyber-attaques : les experts commencent déjà à prévenir, les data centers et les grands piliers de l'infrastructure IT mondiales constituent des cibles de choix dans une guerre asymétrique, et il y a fort à parier que le eCommerce, les infrastructures digitales critiques, les services publics, soient victimes de campagnes massives de cyberattaques dans les prochains mois. Et les imprimeurs en ligne pourraient être concernés suivant les technologies qu'ils utilisent
  • coupures de certains services : nous sommes tellement dépendant de technologies américaines dans notre vie économique que cela en devient un levier d'influence. Si les divergences entre Etats-Unis et Union européenne s'accentuaient, ou atteignaient certains points de non-retour, la coupure de certains services et logiciels pourrait servir de monnaie d'échange, ou de moyen de pression… 
Pas très joyeux tout ça, j'en convient. 

Mais je pense que ces tensions peuvent aussi accélérer la prise de conscience de nos dépendances, en particulier au digital. Avec par conséquence, une remontée en puissance du support imprimé, comme canal de communication fiable, résilient et tangible. Du fait des hausses des cyber-attaques, des risques de contenus "fake" et d'IA Slop, les citoyens comme les consommateurs, les autorités et les services publics vont probablement recourir de manière plus importante à l'imprimé. 
C'est un sujet que j'aborderai la semaine prochaine à Munich, lors de l'Online Print Summit.