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Rue 89 : du clic au kiosque

J'ai acheté le magazine papier de Rue 89. Et j'ai vécu une très jolie expérience.
Je craignais de ne retrouver que des reprises des articles web, or ce n'est pas le cas. Des brèves succèdent aux articles de fond, les thèmes sont variés, on passe du “lourd” au “léger” sans jamais se lasser. La mise en page est splendide (bravo au D.A.), fraîche et classique, le format est très agréable… bref un sans faute.

J'espère que l'expérience se prolongera dans la durée : Rue 89 le mérite. Et moi aussi… j'avoue ne pas avoir assez de “temps de cerveau disponible” pour absorber en détail un hebdo. Trop à lire, et surtout, trop de pollution de mon côté : sites web, twitter, réseaux sociaux… mon temps de cerveau disponible n'étant pas extensible, je dois le partager entre tous ces canaux.
C’est pour cette raison que la périodicité de Rue 89 me ravit : je sais que ce rythme me conviendra.
D'ailleurs, c'est peut-être l'une des raisons de la crise de la presse écrite : des quotidiens de plus en plus riches, des hebdos “touffus”, à l’heure où les consolecteurs ont de moins en moins de disponibilité, car de plus en plus sollicités les nouvelles formes d'écrit.

Le pari de Rue 89 me semble intéressant à ce niveau : ils captent des lecteurs par un formule légère, renouvellée quotidiennement, et totalement adaptée au web. La vidéo se mélange à l'écrit, et on picore plus que l'on lit. L'équipe éditoriale doit être autonome, et affranchie des contraintes et pressions causées par la pub, ce qui procure une vraie liberté de ton.
Et aujourd'hui, l'équipe de Rue 89 peut se “payer” le luxe d’une édition papier, pour ceux de leurs e-lecteurs qui souhaitent prolonger l’expérience d'une autre façon.
Je suis convaincu que la clientèle existe, peut-être plus via abonnement qu'en kiosque, mais sait-on jamais ? Le côté frais et indépendant réussira peut-être à reconquérir des lecteurs lassés par une presse mièvre et sans caractère.

Quoi qu'il en soit, cette expérience me conforte dans l'idée que l'avenir de la presse écrite passe par le poly-canal. J'entends par ce néologisme la notion d'adresser spécifiquement plusieurs canaux différents. Des contenus web adaptés au web, et des contenus print adaptés au print.
Aujourd'hui, avec le multicanal, j'ai le sentiment que l'on se trouve plus dans une logique de déclinaison : un unique contenu, décliné sur tous les supports possibles… et c'est probablement là que se situe l'erreur… Si un lecteur trouve dans son édition papier exactement les mêmes infos que dans l'édition web, il n'a aucun intérêt à acheter la première…
Rue 89 est typiquement dans le “poly-canal” : des reportages courts et incisifs sur le web, agrémentés de vidéos ou de podcasts, et complétés par des liens, pour ceux qui veulent aller plus loin. La version papier est différente : on retrouve les mêmes thématiques, le même ton, mais avec un traitement différent : plus de place pour la (belle) photo, des articles plus longs, plus fouillés, des brèves, et un vrai rythme de lecture, ponctué par des respirations, des infographies. On prend le meilleur de chaque canal, et on l'exploite d'une manière intelligente.
Du grand art …
Merci en tout cas pour cette fraîcheur : cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas enthousiasmé à ce point pour un nouveau magazine.

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Commentaires

  1. tu parles de Rue89, puis tu dis "cette expérience me conforte dans l'idée que l'avenir de la presse écrite passe par le poly-canal". Sauf que là, on parle d'un pure-player, à la base, qui n'en devient plus un, non? :-)

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