Robert Keane : "Les designers professionnels ont un avenir très prometteur s'ils se concentrent sur de la création à haute valeur ajoutée"

Vendredi dernier, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer Robert Keane, P-DG de Cimpress. Il a gentiment accepté mon invitation et nous avons passé une demi-heure à échanger sur la situation de son groupe, les tendances actuelles de l’imprimerie en ligne, les mois à venir, notamment avec la hausse des prix de revient, et l’évolution du métier des designers professionnels. Voici la retranscription de cette interview.

Tout d'abord, quelle est la situation actuelle chez Cimpress ? Vous êtes-vous remis de la crise du Covid ?
Robert K. : Les revenus de Cimpress, hors impact positif des taux de change et des acquisitions, ont augmenté de 38% pour le trimestre se terminant en juin 2021 par rapport au même trimestre en 2020. Nous allons donc dans la bonne direction. Mais cela reste environ 11% en-dessous des revenus du trimestre de juin 2019. Cela signifie qu'il nous reste encore beaucoup à faire, surtout si vous vous souvenez qu'avant la pandémie, nous avions une croissance d'environ 10% par an.

Dans quelles régions avez-vous été le plus impacté par la crise ?
Toutes les régions ont été touchées l'année dernière, mais  l'Europe a continué à être plus touchée récemment, alors que la situation s’améliore en Amérique du Nord et en Australie.

Le dernier trimestre de l’année fiscale FY21 montre une forte augmentation des ventes. Dans quel pays le rebond est-il le plus spectaculaire ? Cette tendance s'est-elle poursuivie en juillet et août ?
L'Amérique du Nord et l'Australie sont les marchés les plus dynamiques. Dans le bulletin financier trimestriel que nous avons publié fin juillet, nous constations que les tendances étaient restées positives en juillet, mais nous observons toujours que le marché européen lutte davantage que d’autres continents pour récupérer de l'activité.

Êtes-vous confiant pour la fin de l'année, compte tenu notamment de la hausse des prix de la pâte à papier, des encres… et des risques de pénurie ?
Comme tout le monde dans l'industrie, nous constatons une pression sur le coût de ces matériaux et une certaine inquiétude concernant les transports. Mais nous pensons avoir mis en place des plans proactifs pour anticiper cela.

En tant que PDG et citoyen du monde, quels sont vos principaux enseignements après 1 an et demi de crise Covid ?
Avant la pandémie, la plupart des gens considéraient comme acquis le fait de pouvoir vivre et de travailler dans une économie mondiale globalisée. Tout, des chaînes d'approvisionnement au financement, en passant par les marchés du travail, était fluide. Sans parler du plaisir de voyager pour découvrir d'autres cultures. Par exemple, l'intégration de l'Europe au cours des trente dernières années a eu des avantages incroyables. Les perturbations dues à la pandémie illustrent à quel point l'économie et la société souffrent lorsque ce système mondial est perturbé. J'espère que cela rendra les gens plus sensibles aux bénéfices que nous avons tirés des changements au cours des trente dernières années de la mondialisation en général et de l'intégration de l'Europe en particulier.

Les marchés de la décoration, de l'habillement, de l'impression à la demande, des albums photos ont explosé pendant la crise, tandis que l'impression commerciale a beaucoup souffert. Regrettez-vous d'avoir vendu une division album photo comme Albelli ces dernières années ?
Je conviens que ces marchés axés sur les consommateurs se sont bien comportés, mais nous pensons que nous avons pris la bonne décision de nous concentrer là où nous l'avons fait. Nous n'allions jamais être le leader sur le marché des livres photo.

Cimpress investit sur les places de marché du design, avec l'achat de 99 designs. Pensez-vous qu'elle soit complémentaire ou concurrente des solutions d'édition en ligne comme Canva ? Quelle est votre vision du futur des designers professionnels ?
On voit qu’ils sont complémentaires. Bien sûr, il y a plus de vingt ans, Vistaprint a inventé la personnalisation de modèles en ligne, qui fonctionne très bien pour les clients qui ne sont pas des professionnels des arts graphiques. Nous aimons ce métier, mais c'est très différent de ce que fait 99designs, qui est de servir des clients qui ne veulent pas concevoir eux-mêmes. En d'autres termes, servir les clients qui apprécient les professionnels des arts graphiques parce qu'ils savent que ces professionnels peuvent les aider à être obtenir une belle image de marque. Quant au futur des designers professionnels, je pense qu'ils ont un avenir très prometteur s'ils se concentrent sur de la création à haute valeur ajoutée. L'édition en ligne « simple" et le travail basé sur des modèles que vous voyez chez Vistaprint et Canva conviennent à certains clients, mais certainement pas à tous.

Vistaprint vient de s'associer à Wix : comment ce partenariat coexistera-t-il avec l'actuel générateur de site internet fourni par Vistaprint ?
Nous prévoyons de migrer ces clients vers Wix et de concentrer nos ressources de développement sur l'intégration de produits physiques et numériques. Nous nous sommes associés à Wix afin de pouvoir offrir à nos clients la technologie et l'expérience client exceptionnelles de Wix.

Vistaprint multiplie les partenariats dans le sport professionnel aux USA : envisagez-vous de faire de tels partenariats en Europe pour renforcer la notoriété de la marque ?
Potentiellement, oui, au fil du temps. Mais nous n'avons pas de plans à court terme pour le faire en Europe. Nous ne faisons vraiment que tester ce concept.

Le marché africain s'ouvre à une vitesse vertigineuse au commerce électronique. De multiples imprimeurs en ligne font leur apparition au Sénégal, au Cameroun, au Nigeria, en Afrique du Sud ou au Maroc. Cimpress envisage-t-il de se lancer sur ce marché ?
Non, pas dans un avenir prévisible. Nous avons trop d'opportunités dans les pays où nous sommes déjà présents.

Avec Amazon Custom, Gelato, CloudPrinter ou l'Imprimerie Européenne, le modèle de marketplace monte dans l'industrie de l'impression à la demande, comme cela s'est produit sur d'autres marchés comme le voyage… Il y a quelques années, la plateforme de personnalisation de masse a été conçue pour être ouverte aux imprimeurs indépendants. Est-ce encore d'actualité aujourd'hui ? Les imprimeurs indépendants peuvent-ils aujourd'hui devenir des remplisseurs pour les marques Cimpress ?
Nous avons choisi d'abandonner l'approche marketplace que nous avons testée il y a quelques années et qui s'appelait Cimpress Open. Nous travaillons toujours, bien sûr, avec de nombreux prestataires externes via MCP, et nous avons de nombreux partenaires d'impression externes qui sont très heureux de collaborer avec nous, et avec lesquels nous prévoyons de continuer à grandir ensemble. Nous sommes toujours ouverts à trouver plus de partenaires.

Dernière question : en termes d'organisation d'entreprise, Cimpress deviendra-t-elle une entreprise remote-first à long terme ?
Pour nos ateliers de production, bien sûr, cela n’a pas de sens. Mais pour les équipes centrales de Cimpress, et chez Vistaprint, et dans plusieurs autres unités de Cimpress, oui, nous privilégions le télétravail. Nous investissons beaucoup pour créer une expérience formidable pour les membres de notre équipe, et cela nous aide à recruter des talents dans de nombreux endroits où, avant de proposer du télétravail, il n’était pas possible de le faire.
 
Merci Robert pour avoir pris le temps de répondre à mes questions

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