Combien coûte un site web-to-print ?

 
S’il y a une question que l’on me pose bien souvent, c’est bien celle du coût d’une plateforme web-to-print. Lorsqu’un imprimeur ou un porteur de projet a compris l’intérêt de vendre en ligne dans le cadre de sa stratégie, la question suivante porte sur le coût du déploiement d’une plateforme. Et invariablement, je fais la même réponse : “Selon vos besoins, ça peut aller de 100 à 1 million d’euros… ». J’ai beau être du Sud, je n’exagère pas cette réponse. Le web-to-print est tellement large, l’imprimerie en ligne couvre tellement de possibilités, que ces termes désignent une très vaste combinaison de possibilités, qui chacune influe sur le montant total de la note. Pour vous aider à y voir plus clair et à comprendre ces incidences, voici quelques éléments d’explication…
 

L’architecture d’une plateforme web-to-print

Avant toute chose, il faut bien comprendre tout ce couvre une plateforme web-to-print en terme de périmètre fonctionnel, et donc, tout ce qu’il va falloir intégrer comme fonctionnalité. Pour cela, je vous ai préparé un diagramme qui représente l’architecture complète d’une plateforme web-to-print moderne.
 
 
 
Le cœur d’une architecture web-to-print, c’est donc le système d’information d’impression, ou MIS, qui va gérer toute la production de l’imprimerie. Généralement, les imprimeries en ont déjà un d’installé, mais dans certains cas, le système web-to-print va aussi jouer le rôle de MIS. Connecté aux interfaces web que peuvent être des storefronts B2C avec personnalisation en ligne de templates, B2B ou corporate (boutiques en marque blanche) dont il récupère les commandes issues des catalogues produit, le MIS va coordonner la production de ces commandes après que leurs fichiers aient été contrôlés, amalgamés et traités. Une fois imprimées, les commandes sont expédiées et facturées.
Ça c’est l’axe Nord-Sud de mon diagramme d’architecture. En horizontal, on trouve les interactions : une plateforme W2P, en lien ou en harmonie avec le MIS, doit permettre de se connecter à des systèmes informatiques tiers via des API, des systèmes de punch-out, ou des connecteurs… Par exemple, pour alimenter des places de marché comme Amazon, récupérer les commandes de plateformes de cloud Printing ou d’autres sites marchand en Dropshipping, ou envoyer des ordres de fabrication à des ateliers tiers… En terme de relation client (partie gauche), la plateforme d’imprimerie en ligne, comme tout bon site eCommerce qui se respecte, doit pouvoir interagir avec les visiteurs et clients, grâce à l’alimentation structurée de la CRM et à des automatismes marketing (panier abandonné, anniversaires…). Le système doit aussi être capable de traiter toutes les demandes et réclamations client, via un système de Helpdesk.
 
Voilà – en gros – le périmètre fonctionnel total d’une plateforme web-to-print, potentiellement en multi-lingue, multi-marques et multi-devises. Bien évidemment, en fonction de votre stratégie, certaines cases pourront être ignorées. Vous n’envisagez peut-être que de piloter une unique boutique, ou de ne pas proposer de personnalisation en ligne… Autant de choix qui réduisent potentiellement le périmètre.
 
Ce schéma est très important car il montre qu’un site d’imprimerie en ligne n’est pas qu’un site. C’est un éco-système, avec de multiples points d’entrée et d’échange, et beaucoup de modules… Et donc, de coûts potentiels.
 

Les contraintes à prendre en considération

Une fois que vous avez cette architecture en tête, il faut prendre en compte certaines contraintes qui peuvent influencer les choix technologiques et donc les coûts :
  • vente aux particuliers ? Si vous souhaitez vendre aux particuliers en France, votre plateforme eCommerce doit être conforme à la règlementation anti-fraude à la TVA, et donc être certifiée NF 525. Cela limite le nombre de solutions compatibles, en particulier celles développées à l’étranger. Et cela réduit le champ des possibilités avec les solutions open-source, car bien qu’elles soient certifiées pour certaines (comme les dernières versions de Prestashop), toute modification du coeur du logiciel annule cette certification, et vous oblige – sous peine de sanction en cas de contrôle – à réaliser vous-même votre propre certification. C’est l’exemple-même du genre de choix ou de non-choix qui, s’il n’est pas appréhendé correctement au début du projet, peut rapidement coûter très cher…
  • Template or not template ? OK, vous voulez vendre aux particuliers… donc il faut fournir des modèles à personnaliser. Ce qui signifie un éditeur ergonomique… mais aussi des modèles. Comment allez-vous les créer ? Allez-vous acheter une bibliothèque toute prête ? Si oui, sera-t’elle aux formats européens ? Et si vous vous adressez aux PME ou grandes entreprises, la question mérite aussi d’être posée, car les templates peuvent aussi y trouver une utilisation. Bref, un point épineux dont l’incidence sera très vite très forte sur le budget global.
  • RGPD ? si vous choisisez des solutions SaaS, attention à où sont stockées les données, et par qui elles peuvent être lues… De nombreux logiciels sont édités en Afrique du Sud, Ukraine ou Inde, et pas toujours hébergés en Europe. 
  • vente intra-communautaire ? Voulez-vous ne vendre qu’en France, ou allez-vous envoyer vos colis dans des pays frontaliers ? La question n’est pas anodine, le commerce transfrontalier connaissant une véritable explosion en UE. Toutefois, en termes de TVA, le jeu n’est pas le même. Votre plateforme doit être capable de gérer des cas différents de TVA, et permettre la réalisation d’export DEB pour les douanes
  • hébergement ? voulez-vous utiliser un service en ligne sans vous soucier de rien, ou à l’inverse, voulez-vous que votre plateforme soit hébergée sur vos serveurs ? Cet aspect n’a rien d’anodin en termes de sécurité, de maintenance, de performances, et même de référencement. Selon la volumétrie de visites et de commandes, cela sera même crucial, et là aussi, l’impact tarifaire n’est pas anodin.
  • nombre de visiteurs et de commandes ? Comme pour un magasin physique, l’infrastructure nécessaire pour accueillir 20 visiteurs n’est pas la même que pour 200, ou 2000. Donc, déterminez clairement vos objectifs en termes de nombre de visiteurs et de commandes par jour, en anticipant les périodes de pic.
  • catalogue produit ? Qu’allez-vous vendre ? Des produits standards, assez basiques, avec un nombre de catégories et d'option limité et des dimensions pré-définies, ou voulez-vous proposer tout ce qui peut se personnaliser en ligne, des cartes de visite aux mugs en passant par le packaging, avec des dimensions dynamiques et des tas d’options ? La complexité de votre catalogue et la richesse des options proposées vont rapidement éliminer certaines solutions qui ne sont pas capables de gérer efficacement des offres produits sophistiquées

Une structure de coût proportionnelle à la volumétrie

Une fois que vous avez intégré l’architecture et les contraintes potentielles, il est plus facile d’appréhender les différentes catégories de coûts d’une plateforme web-to-print. Pour ma part – mais ce n’est qu’un point de vue personnel – je distingue 5 strates de coût mensuel, dans lesquelles s’inscrivent les différentes solutions disponibles sur le marché. Le diagramme ci-dessous les résume, voici des explications en partant du bas vers le haut :
 
 
  • Pour moins de 100 € par mois, il est possible de faire du web-to-print, soit en intégrant soi-même des modules de personnalisation en ligne à des plateformes eCommerce open-source comme Prestashop, Magento, Wordpress / WooCommerce ou Shopify, soit en lançant une boutique sur Amazon via l’offre Amazon Custom. On trouve aussi dans cette gamme de prix des solutions intégrées en SaaS, basées sur des CMS du marché. D’après mes estimations, il est possible dans cette gamme de prix, et moyennant beaucoup d'investissement personnel et de temps de travail, de gérer jusqu’à 300 commandes par mois 
  • Entre 100 et 500 € par mois, on reste dans la logique similaire, mais avec des offres SaaS souvent « musclées », de façon à pouvoir absorber une volumétrie plus importante de commandes (jusqu’à 600 / mois) via une unique boutique
  • Entre 500 et 2000 € / mois, on passe sur des plateformes plus professionnelles, en SaaS pour certaines ou en mode licence (on premise) pour d’autres, avec la possibilité de gérer une volumétrie plus conséquente (jusqu’à 1500 commandes / mois) et plusieurs stores ou connecteurs
  • Pour des éco-systèmes plus imposants, capables de gérer jusqu’à 5000 commandes par mois, avec plusieurs stores (B2C et/ou B2B), des connecteurs… j’estime le coût mensuel entre 2 et 10 000 €
  • Et au-delà, on dépasse les 10 k mensuels, jusqu’à atteindre pour certaines structures plus de 100 k par mois pour des développements "from scratch », comme c’est le cas lorsque les volumétries sont très importantes ou que les services proposés sont très spécifiques.
Cela vous paraît beaucoup ? Dites-vous que le coût annuel d’un développeur chargé (le coût, pas le développeur 😂) est de près de 50 000 €… et que pour monter une plateforme web-to-print qui tienne la route, il en faut plus d’un…
 
Beaucoup trouveront à critiquer dans ces projections et cette gamme de prix, mais je pense que cette vision peut aider des porteurs de projet à faire des estimations budgétaires et à anticiper leurs business plans… N’hésitez pas à partager votre point de vue en commentaire !
 

Quelle technologie choisir ?

Il existe une myriade d’éditeurs de logiciels, ou de modules à greffer à des plateformes ecommerce du marché. J’essaye d’en recenser certaines sur cette page de mon blog, mais je ne vais pas à ce stade vous conseiller de façon générale une technologie plus qu’une autre, tant le choix dépend de votre projet, de vos moyens et de votre planning. La liste des éditeurs que je tiens à jour peut vous donner des pistes, et si vous avez besoin de conseil dans ce choix, n’hésitez pas à me contacter…

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